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216 ans et toujours pimpante

Publié par SENGHOR Mame diarra sur 20 Septembre 2013, 20:23pm

Catégories : #culture

216 ans et toujours pimpante

C'est incroyable comment on peut avoir un diamant brut sous les yeux et pourtant ne jamais le regarder, le remarquer. Vous avez certainement dû emprunter la rue Victoria ou la Côte-saint-antoine à plusieurs reprises, dépasser les jolies maisons résidentielles, sans jamais vous douter que se trouvait là un trésor de l'histoire montréalaise. Il s'agit de la maison Hurtubise, la plus vieille habitation du quartier de Westmount.

Le terrain de la maison était condamné à être inhabité à cause des mythes des montréalais d’antan. On raconte que quiconque allait habiter dans cette zone serait exposer à une grande insécurité. « On appelait ce chemin le chemin de la Haute folie. Il se trouvait en plein dans les terres occupés par les amérindiens », raconte Jacques Archambault, directeur général de l'Héritage Canadien du Québec qui a racheté la maison. En effet, lorsque les seigneurs de Montréal cèdent cette vaste étendue de terre à l'agriculteur Louis Hurtubise en 1699, ils ne font pas beaucoup d'envieux. La nouvelle acquisition des Hurtubise se trouve à cinq kilomètres de la ville fortifiée de Montréal donc au-delà des remparts. Quelques années avant, les Amérindiens avaient réussis à se débarrasser des premiers colons français qui étaient venus s'y installer. «Les flèches et les tomahawks des Iroquois, combinés aux graves épidémies de scorbut, de typhus et de choléra, avaient décimé la population des premiers colons débarqués le 18 mai 1642 avec Paul Chomedey de Maisonneuve. », précise l'écrivain Guy Pinard dans un article publié dans le journal La Presse en Novembre 1987.

Les meurtrières de la maison donnaient également lieu à une légende. Ces trous dans les murs du sous sol fortifié étaient censés protéger la famille d'une éventuelle attaque amérindienne. « On croyait à l'époque [que les amérindiens] empruntaient le sentier [actuel chemin de la Côte-Saint-Antoine] pour se rendre au fleuve», rappelle Guy Pinard. Ces meurtrières n'ont finalement jamais servi.

Une architecture à l'épreuve du temps

À croire que ces menaces n'ont pas effrayés, le fils de Louis Hurtubise qui entame les travaux de construction en 1739. À cette période, les terres devaient certainement être plus habitables. À l'aide d'un maçon, Jacques Bertrand, Pierre construit la maison qui abritera six générations d'Hurtubise et qui fait partie du patrimoine historique de la ville.

Ne disposant pas de nos trains et camions, Pierre Hurtubise n'avait aucun moyen de faire venir des matériaux de différents coins du pays. Les pierres grises de Montréal, qui étaient partout aux alentours, sont donc les composantes principales de la maison. Ces pierres équarries à la main recouvrent toutes les façades de l'édifice. Elles ont comme avantage de résister à l'usure du temps et du climat. Conscient du caractère détériorateur du climat québécois, le fils Hurtubise a pris soin de protéger ces pierres en coulant un enduit sur les murs extérieurs. « Quand il y avait de la pluie, du verglas, du gel, l'enduit (qu'on appelait sacrificiel) craquait et tombait ce qui évitait d'endommager la pierre », explique Jacques Archambault. La structure de la maison est inspirée , en grande partie, du Moyen-âge. De gigantesques poutres en bois encastrées les unes dans les autres soutiennent les murs de la maison. Pour assembler ces pièces, la technique d'embrèvement a été privilégiée. Une des poutres de bois a une languette, le tenon, qui va s'encastrer dans l'entaille de l'autre morceau de bois, la mortaise.

La maison garde aussi quelques éléments d'époque comme une lampe à huile encastrée dans un coin du mur et qui éclaire trois pièces à la fois.

Six générations de la même famille ont habités la maison et son annexe de 1739 à 1955. Six générations qui sur trois siècles ont apportés plusieurs changements à la bâtisse d'origine. Aujourd'hui du four à pain dans la cheminée ne reste qu'un demi cercle noir qui laisse deviner les rebords de l'ancien four. La salle de bain au deuxième étage constitue aussi un ajout des générations qui ont suivi Pierre Hurtubise. Il faut dire qu'à son époque une salle de bain dans la maison était inutile. «Pour prendre des douches, ils se mettaient dans un seau à l'extérieur. En plus les douches n'étaient pas très bien vues car les huiles que produisent un corps sale permettent de se tenir chaud en hiver», commente le directeur général d'Héritage Canadien du Québec . Ces six générations ont également laissé leurs « empreintes » dans le sol. Plusieurs couches de planchers et de tapisseries d'époques différentes se superposent pour créer une mosaïque de couleurs et de motifs.

À sa mort en 1955, le dernier membre de la famille, Léopold Hurtubise a revendu la maison vieille de 216 ans à Héritage Canadien du Québec qui s'occupe depuis de la restauration des lieux. Les rénovations sont toujours chaperonnées de très près par le Ministère de la Culture et des Communications. «On ne peut pas planter un clou ou un bulbe de fleurs sans leur accord», déplore Jacques Archambault.

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