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Publicité mensongère

Publié par SENGHOR Mame Diarra sur 11 Novembre 2013, 19:30pm

Catégories : #opinion

Publicité mensongère

En allumant notre téléviseur, on a tous déjà été interpelé par des pauvres petits enfants africains qui risquent de mourir dans la demi heure si l'on ne donne pas 10 dollars à une organisation humanitaire. Vous êtes vous déjà demandé ce qui se passe dans les coulisses d'une de ces campagnes? Et bien fini les questions. The Norwegian Students' and Academics' International Assistance Fund nous fait enfin découvrir l'envers du décor grâce à une vidéo de trois minutes intitulé Let's save Africa!-Gone wrong. Un envers du décor loin de nos attentes.

Les réalisateurs de la vidéo suivent Michael, un de ces petits enfants malades et affamés . Petit bémol, le garçon de 9-10 ans est quand même assez potelé et ne semble souffrir d'aucune maladie. Effectivement, Michael est un acteur des campagnes humanitaires. Le meilleur, selon lui. Il joue à merveille le visage triste de l'Afrique.

La première scène donne le ton de la vidéo. On y voit un Michael triste, aveugle qui s'accroche à sa mère portant un bidon d'eau sur sa tête. Ils marchent tous les deux dans une vaste zone aride au rythme d'une mélodie triste qui nous rappelle leurs tragiques conditions de vie. Et là, le titre de la vidéo prend tout son sens. La mère trébuche, tombe par terre et Michael éclate de rire et … CUT. Le réalisateur, blanc, arrête le tournage et demande à l'actrice « je pensais que vous saviez porter un bidon sur la tête». Premier stéréotype exposé par les étudiants norvégiens : toutes les femmes africaines passent leurs journées à porter des seaux d'eau sur la tête. La vidéo va ainsi souligner plusieurs idées préconçues sur l'Afrique, toujours avec une touche d'humour. Par exemple, lorsqu'on nous présente le véritable Michael, l'acteur que tous les réalisateurs blancs s'arrachent, il sort d'une voiture blanche à la musique du roi Lion. Oui, celle qui joue lorsque Rafiki présente Simba au royaume.

Les metteurs en scène critiquent tous les aspects de ces campagnes humanitaires basées sur le sensationnalisme. Ces vidéos, pour collecter de l'argent, mettent l'accent sur les histoires affligeantes de ces enfants à aider. Retour sur le plateau où Michael se remet dans la peau du pauvre petit noir et explique à une actrice danoise sa triste vie. À l'âge de deux ans, il a vu son père aller chercher du travail hors du village et c'est la dernière fois qu'il l'a vu. À deux ans, il est donc devenu l'homme de la maison. Deux ans, vous me direz c'est tôt pour assurer un toit et nourrir toute une famille. C'est bien sûr une exagération volontaire mais qui montre à quel point les campagnes des ONGs et autres organismes humanitaires tentent de nous toucher avec les histoires les plus tristes de cas isolés et peut être même fausses.

Les membres de la Norwegian Students' and Academics' International Assistance Fund se moquent aussi de l'image qu'on nous donne des africains qui se réjouissent de la plus petite chose. On voit alors Michael dans la peau de son personnage, assis devant sa case avec l'actrice danoise agenouillée en face de lui. Elle lui demande s'il connaît les Danish (gâteaux danois). Evidemment, il n'en a jamais entendu parlé et elle lui en fait goûter. La voix féminine à la narration explique que «their faces light up like nothing I've ever seen before». À la première bouchée, le vrai Michael ressurgit. Il crache le gâteau et exprime son dégoût... CUT!

Les étudiants réalisateurs veillent à tous les détails. Le logo de l'organisation dans la vidéo est étrangement similaire à celui de l'UNICEF. On retrouve les deux branches d'oliviers croisées mais à la place d'une mère portant son enfant, les cinéastes ont choisi deux mains portant l'Afrique. Une Afrique dépendante de la main qui la nourrit, l'aide internationale.

Ce sont dans les dernières secondes que les réalisateurs norvégiens expliquent leur objectif. On voit un Michael jovial qui danse et au dessus de sa tête est écrit : «reach into your heart, dig into your pockets , donate your stereotypes». Débarrassons-nous de nos stéréotypes et revoyons la méthode d'approche pour sensibiliser la population. Au lieu de nous convaincre avec des images choquantes, attristantes, il faudrait utiliser des faits concrets et véhiculer une image plus positive du continent (ou de toute autre région dans le besoin). Les initiateurs de cette vidéo ont lancé leur propre récompense pour les campagnes de dons les plus créatives : le Golden Radiator Award. Un jury international sélectionne huit vidéos et le public choisit la gagnante en votant sur internet. Une des vidéos nominées est un lipdub réalisé dans un village ougandais sur la chanson populaire de l'anglaise Jessie J, Pricetag. La vidéo joviale, encourageante, audacieuse montre des femmes qui ont chacune inscrit sur leurs pancartes leurs rêves . Et pour réaliser ces rêves, elles ne demandent pas des dons mais des prêts afin de démarrer leurs entreprises. Image d'une Afrique qui ne quête plus mais qui prête.

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